Autofiction: Rencontre avec Edouard Louis

jeudi 3 avril 2014 20h

«Je suis parti en courant, tout à coup. Juste le temps d’entendre ma mère dire Qu’est-ce qui fait le débile là ? Je ne voulais pas rester à leur côté, je refusais de partager ce moment avec eux. J’étais déjà loin, je n’appartenais plus à leur monde désormais, la lettre le disait. Je suis allé dans les champs et j’ai marché une bonne partie de la nuit, la fraîcheur du Nord, les chemins de terre, l’odeur de colza, très forte à ce moment de l’année. Toute la nuit fut consacrée à l’élaboration de ma nouvelle vie loin d’ici.

En vérité, l’insurrection contre mes parents, contre la pauvreté, contre ma classe sociale, son racisme, sa violence, ses habitudes, n’a été que seconde. Car avant de m’insurger contre le monde de mon enfance, c’est le monde de mon enfance qui s’est insurgé contre moi. Très vite j’ai été pour ma famille et les autres une source de honte, et même de dégoût. Je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre la fuite. Ce livre est une tentative pour comprendre.»
Edouard Louis, En finir avec Eddy Bellegueule

Le très remarqué En finir avec Eddy Bellegueule raconte les souffrances d’un jeune homme que tous jugent trop différent: « l’idiot du quartier » ou « le bizarre du village, l’efféminé ». Dans ce premier roman, qu’il présente lui-même comme une autofiction, Édouard Louis retrace ses années d’enfance et d’adolescence dans une famille très modeste. Il raconte plus particulièrement l’exclusion dont il a souffert en raison de ses gestes efféminés, souffrant très tôt de violences homophobes.

Écrivain de 21 ans et véritable révélation littéraire de ce début d’année, Édouard Louis est également étudiant à l’École Normale Supérieure de Paris. En 2013, il dirige l’ouvrage collectif 
Pierre Bourdieu: l’insoumission en héritage qui paraît aux Presses Universitaires de France, où il dirige désormais la collection Les mots.

Agnès Vannouvong
 est écrivaine et chercheuse en littérature. Elle coordonne le cours en études genre de la faculté des Lettres de l’Université de Genève. Elle publie des essais :
 Jean Genet, les revers du genre (Presses du réel, 2010) et, avec Noémie Étienne, À bras le corps (Presses du réel, 2013). En 2013, elle publie un premier roman : Après l’amour (Mercure de France).

Entrée: 8.-/10.-
Complet
Verrée à l’issue de la rencontre

Informations complémentaires: info(at)m-r-l.ch
ou au +41 22 310 10 28

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