Rencontre avec David Bosc, Roland Buti et Rose-Marie Pagnard. Tournée des Prix suisses de littérature 2014.

mercredi 2 avril 2014 20h

La MRL se réjouit d’accueillir trois lauréats du Prix suisse de littérature 2014, décerné chaque année: Rose-Marie Pagnard pour J’aime ce qui vacille (Zoé, 2013), Roland Buti pour Le milieu de l’horizon (Zoé, 2013) et David Bosc pour La claire fontaine (Verdier, 2013).

Précédée d’une lecture d’extraits des textes primés, la rencontre des trois écrivains sera modérée par Isabelle Rüf, traductrice littéraire et journaliste culturelle.

Cette soirée est organisée en partenariat avec l’Office fédéral de la culture.

David Bosc: La claire fontaine (Verdier, 2013)

«Au soir, les jupes encore humides d’avoir frotté les sols, la Piémontaise rejoignit Courbet dans sa chambre au bout du couloir. Comment s’appelait-elle? Elle vint s’asseoir sur lui, ses deux mains en appui sur le gros ventre qu’elle repoussait doucement pour se faire de la place. L’association charnelle de deux corps quels qu’ils soient tombe toujours sous le sens. Si l’on entend faire jouir, si l’on veut jouir l’un de l’autre, aucun obstacle qui ne se change en point d’appui, et parfois en point d’orgue.»
David Bosc, La claire fontaine

La claire fontaine de David Bosc est le roman d’un peintre: Gustave Courbet. C’est aussi un livre sur le Léman saisi par l’œil du peintre. C’est encore le récit d’un exil. Poursuivi pour avoir participé à la Commune de Paris, Courbet quitte Ornans pour la Suisse en 1873. Il y mourra quatre ans plus tard. Ce roman des dernières années de Courbet palpite d’une joie «révolutionnaire», déraisonnable qui, toute entière, habite le peintre. David Bosc invente une langue picturale qui semble empruntée au peintre. Généreuse, croquante, drôle, elle brosse à grands traits vifs, colorés, plein d’humour, l’histoire du peintre en Suisse.

Né en 1973, David Bosc grandit en Provence, étudie Science-Po à Aix et à Sienne (Italie). Il vit à Paris et à Varsovie, avant de venir s’installer à Lausanne, il y a huit ans, pour y travailler dans l’édition (Les Éditions Noir sur Blanc). En littérature, il commence par publier des essais et des traductions littéraires (la correspondance de Jonathan Swift, notamment, et la poésie de Dino Campana, ouvrages publiés chez Allia). Son premier roman, Sang lié parait en 2005, suivi en 2009 de Milo, qui est sélectionné pour le prix Dentan et le prix Amila-Meckert. En 2013, il reçoit le Prix Marcel-Aymé pour La claire fontaine.

Roland Buti: Le milieu de l’horizon (Zoé, 2013)

«[Papa] a aspiré les pommes de terre détrempées avec un petit mouvement de la tête vers l’arrière, puis m’a fixé du regard. Je savais qu’il pensait aux vacances scolaires qui commençaient à peine, vacances que les autorités dans leur immense sagesse avaient conçues pour que les fils puissent seconder leurs pères durant les gros travaux de l’été. Plus ou moins, j’étais à disposition.
— Tu iras faire marcher Bagatelle ce matin.
— D’accord.
— Elle n’est pas sortie depuis deux jours.
— C’est bon. Je la dérouille.
— Et après tu viendras m’aider pour les poulettes.
— D’accord.
— Tu me donneras un coup de main pour nettoyer ! Elles ont chaud. Elles souffrent. Il faudra aussi ôter celles qui sont mortes…»
Roland Buti, Le milieu de l’horizon

Dans son roman Le Milieu de l’horizonRoland Buti nous fait entrer dans le petit monde d’une ferme romande avec une puissance semblable à celle de certains livres de Faulkner. Des forces étranges et puissantes sont à l’œuvre, derrière les apparences, et vont dérégler la vie familiale de Gus, gamin de treize ans, spectateur effaré et impuissant d’un effondrement multiple : celui de l’agriculture traditionnelle, celui du couple de ses parents, celui de l’innocence de l’enfance.

Cela se passe pendant l’été 1976 et sa fameuse sécheresse. Tout part dans le brasier de la canicule et de l’orage. Bagatelle, la vieille jument, finit de mourir. La passion brûle. Tout se consume. La langue sobre de l’auteur atteint l’incandescence. C’est de la grande littérature.

Né en 1964 à Lausanne, Roland Buti fait des études de lettres et d’histoire qu’il achève en 1996 par la rédaction d’une thèse remarquée: Le refus de la modernité: la Ligue vaudoise, une extrême droite et la Suisse (1919-1945), publiée dans la collection Payot Histoire. Enseignant dans un gymnase, Roland Buti consacre son temps libre à des recherches et à sa carrière littéraire. En 1990, il publie un recueil de nouvelles aux Editions Zoé, Les âmes lestées. En 2004, paraît Un nuage sur l’œil, premier roman couronné par le Prix Bibliomedia Suisse 2005. En 2007, paraît Luce et Célie, retenu dans la Sélection Lettres frontière 2008.

Rose-Marie Pagnard: J’aime ce qui vacille (Zoé, 2013)

«Un jour, dans la ruelle où Sofia et son mauvais génie avaient un temps habités, le soleil avait fait scintiller sous les yeux de Sigui un petit objet en métal,  sur le sol. On aurait dit une fente argentée dans la pierre, un indice capital de l’explosion imminente du quartier, ou alors la promesse d’un recul du temps de trois, dix ans au moins, débouchant sur un paysage d’herbes inoffensives parsemées de fleurs et de promeneurs tous décorés de médailles extravagantes sur leurs uniformes de pères et de mères. Pourquoi t’arrêter, Sigui? Mais personne n’est là pour la retenir. C’est de cette façon qu’un détail vous tue, pas le temps de se protéger, ou pas la force, déjà grouillent les scènes aux pleurs inutiles.»
Rose-Marie Pagnard, J’aime ce qui vacille

Sigui et Ilmar ont perdu leur fille, toxicomane : deux ans plus tard, Sigui erre, en quête d’une vérité, ou d’une explication. Ilmar, costumier de théâtre, veut l’arracher à ces recherches stériles et lance le projet d’un bal masqué auquel seront conviés tous leurs voisins d’immeuble. Dès lors, entre réalisme, conte et comédie, le roman s’ouvre à divers personnages inattendus, qu’a bousculés la vie. Par le style et l’imaginaire, Rose-Marie Pagnard transpose, puis transcende un deuil personnel – et c’est comme si tous ses livres précédents conduisaient à ce roman poignant et chatoyant.

Rose-Marie Pagnard est née en 1943 à Delémont (Jura). Après l’École normale, elle vit à Bâle jusqu’en 1985, puis aux Breuleux (Jura). Elle écrit des romans et nouvelles, ainsi que des chroniques littéraires. L’enfance, l’art, les valeurs telles que le don, la compréhension et la consolation jouent un rôle primordial dans son œuvre. La couleur et la musicalité des mots, alliées à une imagination ouverte au fantastique et à l’onirisme, racontent des destins fragiles, entre détresse et rire, folie et réinvention du monde. Elle reçoit de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le Prix Michel Dentant 1988 pour Sans eux la vie serait un désert et La Période de Fernandez et le Prix Schiller 1999 pour Dans la forêt la mort s’amuse.

Audio

Rencontre avec David Bosc, Roland Buti et Rose-Marie Pagnard. Tournée des Prix suisses de littérature 2014. Rose-Marie Pagnard

Entrée libre

Apéritif offert à l’issue de la rencontre
Informations complémentaires: info(at)m-r-l.ch
ou au +41 22 310 10 28

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