Rousseau et musique : La musique de la discorde

De retour à Paris de Venise, convaincu de ses dons de musicien, Rousseau tente de percer sur la scène lyrique. En septembre 1745, Il parvient  à obtenir,  une audition partielle de  son Opéra-ballet Les Muses Galantes dans les salons du fermier généra Le Riche de la Poupelinière.  Présent dans la salle, Rameau apostropha  Rousseau avec brutalité  prétendant que ce qu’il venait d’entendre n’était qu’un petit pillard sans talent et sans goût. Cette humiliation publique, qui ne manqua pas de produire un effet dévastateur dans la psychologie de Rousseau, marqua le point de départ d’une longue querelle qui conditionna  sa réflexion théorique, de la théorie harmonique à son esthétique, en passant par les doctrines socio-linguistiques dans l’Essai sur l’Origine des langues. Conscient de la supériorité de Rameau sur le plan de la composition,  Rousseau déplaça le débat sur le plan théorique pour s’attaquer au prétendu fondement scientifique de la doctrine de son adversaire, du haut de son autorité de rédacteur responsable des articles sur la musique dans l’Encyclopédie. Au lieu de lui « faire des chansons », il lui enverra des articles de dictionnaire. Et Rameau de le poursuivre jusqu’à ses avant-postes en s’attaquant à ces derniers  dans ses Erreurs sur la musique dans l’Encyclopédie (1755). Ce faisant, il entraina dans le camp de Rousseau même son éditeur,  d’Alembert, son dernier partisan.  Au  bout des débats qui s’en suivirent, il apparut clairement que Rameau avait œuvré toute sa vie en vain à fonder  la pratique de la composition dans la physique du son.

 

 

Le cycle Rousseau et musique :

Des rencontres en semaine et à midi, autour d’une facette moins connu de Rousseau.

28 avril 2021 : La musique de la discorde, avec Nancy Rieben

26 mai 2021 : Peut-on réduire l’homme et sa musique à une biomécanique des émotions ? avec Didier Grandjean

9 juin 2021 : Rousseau et l’opéra italien, avec Francesco Biamonte

 

 

NANCY RIEBEN

Diplômée du Conservatoire de musique et de la Faculté des Lettres de l’Université de Genève, où elle a étudié la musicologie et la germanistique, Nancy Rieben est professeur à la Haute École de Musique de Genève et chargée d’enseignement à l’Université de Genève. En tant que présidente du collectif de musicologues HorsPortée, elle collabore avec de nombreuses institutions culturelles, comme par exemple le Département de la Culture de la Ville de Genève pour la rédaction des textes de programmes des concerts « Musiques en été » et des Concerts du Dimanche. Dans le cadre de Rousseau 2012, Nancy Rieben collabore avec Jean-Michel Djian en tant que co-auteur à la réalisation d’un film documentaire sur Jean-Jacques Rousseau musicien. Le DVD du film est sorti en 2013 chez l’Harmattan.

En 2015, Nancy Rieben reçoit le prix « Nouvelle Plume » de la Fondation Pierre & Louisa Meylan pour la rédaction d’un ouvrage sur Clara Haskil commandé par l’Association Clara Haskil. Depuis 2019, elle enseigne le yoga dans différents studios à Genève.

 

Les livres audio de la MRL: Luis Sepúlveda

La MRL inaugure sa première série de livres audio  avec Le Vieux qui lisait des romans d’amour (éd. Métailié)  de Luis Sepúlveda, lu et enregistré par Guillaume Pidancet

 

Au bord de l’Amazone, un vieil homme ami des Shuars, qui lui ont appris à connaître la forêt, découvre la lecture et chasse un jaguar.

« Il ne lui faut pas vingt lignes pour qu’on tombe sous le charme de cette feinte candeur, de cette fausse légèreté, de cette innocence rusée. Ensuite, on file sans pouvoir s’arrêter jusqu’à une fin que notre plaisir juge trop rapide. »

Pierre Lepape, Le Monde

« Un livre sauvage et beau, bâti comme un thriller américain. »

Frédéric Taddei, Actuel

Prix du roman d’évasion des Relais H 1992

Prix du meilleur roman étranger France Culture 1992

 

LUIS SEPULVEDA

Luis Sepúlveda est né le 4 octobre 1949 à Ovalle. En 1973, il est emprisonné sous le régime de Pinochet pendant 27 mois. Libéré puis exilé, il voyage à travers toute l’Amérique latine. Plus tard, il travaille comme journaliste et milite avec Greenpeace à Hambourg. Après avoir également vécu à Paris, il s’installe en 1997 à Gijón, dans le nord de l’Espagne, où il fonde le Salon du livre ibéro-américain pour faire connaître le travail des écrivains et des éditeurs indépendants d’Amérique latine. Grand lecteur et homme généreux, il aide les jeunes auteurs. Il écrit des chroniques pour des journaux espagnols et italiens.

Il succombe au coronavirus en avril 2020.

Auteur de nombreux romans, chroniques, récits, nouvelles et fables pour enfants, il a reçu de nombreux prix prestigieux pour son œuvre. En 1992, son premier roman Le Vieux qui lisait des romans d’amour connaît un immense succès mondial et change sa vie. Quatre ans plus tard, la parution de Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler vient asseoir sa renommée. Ses livres sont désormais publiés dans 52 pays et plusieurs ont été adaptés au cinéma.

 

GUILLAUME PIDANCET

Après un bachelor à l’Université de Genève sur « la langue française (littérature et linguistique) », Guillaume Pidancet travaille dans «divers métiers de la communication et du coaching». En choisissant les chemins de traverse de la musique, du chant et bientôt du théâtre, il devient Guillaume Pi, en un pseudonyme qui dit son goût du vertige de l’infini, de ces instants où l’on « se perd dans les étoiles » ou que l’on monte sur un plateau. Il crée sa compagnie Les Cartes postales avec laquelle il réalise deux spectacles : Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce en 2014 et La Route, le monstre d’Agota Kristof en 2015 — un «conte musical forain» qu’il crée cette même année lors de la fête de la musique d’Yverdon-les-Bains. En 2019 il crée le Projet XVII avec le musicien Michael Borcard, un spectacle qui invite à redécouvrir une œuvre « remixée » de Charles Baudelaire.

Hommage à Philippe Jaccottet

Un podcast en hommage au défunt et illustre poète suisse Philippe Jaccottet en compagnie de Joséo Flore Tappy, Sylviane Dupuis et Martin Rueff.

 

JOSÉ-FLORE TAPPY

José-Flore Tappy, née en 1954, est une poète, écrivaine et traductrice vaudoise. Elle a reçu, entre autres distinctions, le Prix Ramuz de poésie en 1983. Elle vit à Lausanne où elle travaille collaboratrice scientifique au Centre de recherches sur les lettres de l’Université de Lausanne. Elle publie des études sur des écrivains de Suisse romande et d’Amérique latine. Elle édite la correspondance entre Gustave Roud et Philippe Jaccottet (Gallimard, 1992) et dirige l’édition des œuvres de ce dernier dans la Pléiade (Gallimard, 2014). Co-fondatrice de la revue Condor consacrée à la culture latino-américaine, elle est également traductrice de poètes de langue espagnole ainsi que de la poétesse russe Anna Akhmatova.

 

SYLVIANE DUPUIS

Sylviane Dupuis est poète, auteure de théâtre et essayiste. Elle vit à Genève où elle a enseigné la littérature de langue française au collège Calvin et à la Faculté des lettres. Prix C. F. Ramuz de poésie en 1986, elle séjourne à l’Institut suisse de Rome en 1988-1989. Sa pièce La Seconde Chute  (éd. Zoé) a été traduite et jouée en plusieurs langues. Son œuvre questionne essentiellement la conscience humaine, la langue et la mémoire, et s’intéresse dans cette perspective à la réécriture et au détournement des mythes qui nous ont constitués. Elle entretient également un dialogue permanent avec la danse, la peinture ou la photographie.

 

MARTIN RUEFF

Martin Rueff est poète, philosophe, critique littéraire, traducteur et professeur à l’Université de Genève depuis 2010. Corédacteur en chef de la revue Po&sie, il dirige chez Verdier la collection de littérature italienne “Terra d’Altri”. Chez Gallimard, il a été responsable de l’édition des Œuvres de Cesare Pavese dans la collection “Quarto” et a participé à celle des œuvres de Claude Lévi-Strauss et de Michel Foucault dans la Pléiade. Martin Rueff se voue à la défense et illustration de la poésie qu’il écrit, traduit et commente. Son dernier recueil s’intitule La Jonction (Caen, Nous, 2019).

 

 

Hommage à Agota Kristof

Eté 2011 : Agota Kristof meurt à Neuchâtel, laissant derrière elle une œuvre qui l’inscrit parmi les grands écrivains de la littérature mondiale. Son écriture se démarque par un style minimaliste, par une noirceur et une beauté d’une rare intensité.

Aujourd’hui, dix ans après sa mort et à l’occasion de la nouvelle édition de son récit autobiographique L’Analphabète (éd. Zoé), nous revenons sur son œuvre et son parcours avec Marlyse Pietri et une lecture-spectacle du Grand Cahier de Valentin Rossier.

Née en 1935 en Hongrie, Agota Kristof devient célèbre avec la Trilogie des Jumeaux (Le Grand Cahier, La preuve, Le dernier mensonge) ; elle écrit aussi pour le théâtre et publie des nouvelles. Un recueil de poèmes, Clous, paraît à titre posthume aux éditions Zoé.

En 2004, Marlyse Pietri – qui a fondé les éditions Zoé en 1975 – publie L’Analphabète, alors qu’Agota Kristof est éditée par la prestigieuse maison du Seuil. Un coup de maître dont s’amuse encore l’éditrice, et aussi le fruit d’une rencontre entre ces deux dames du monde des lettres. Avec espièglerie, Marlyse Pietri revient sur cette amitié et sur la destinée de L’Analphabète.

 

Le Grand Cahier, lecture-spectacle de Valentin Rossier

En deuxième partie de soirée, c’est le magnétique Valentin Rossier qui offrira des extraits de son spectacle Le Grand Cahier. Le metteur en scène et comédien a créé ce bijou théâtral il y a plus de quinze ans. Il reprend ici ce solo entêtant, après un passage salué à Paris et avant la Comédie de Genève où le spectacle sera joué dans sa globalité (date à consulter sur www.comedie.ch).

 

Le Grand Cahier – distribution

D’après le roman d’Agota Kristof (Editions du Seuil)

Adaptation, mise en scène et jeu : Valentin Rossier

Dramaturgie : Hinde Kaddour

Musique et conception sonore : David Scrufari

Lumières : Davide Cornil

Production : New Helvetic Shakespeare Company, Comédie de Genève

Arno Camenisch – Lecture musicale

« Ses lectures sont cultes. » – Hessischer Rundfunk

L’auteur et interprète grison Arno Camenisch lit des extraits de son livre Derrière la gare (éditions d’en bas). Cette histoire d’une enfance dans les montagnes des Grisons est selon l’Internazionale, « l’une des plus belles choses que nous ayons lues sur l’enfance ces dernières années ». Camenisch lira également des « textes parlés » – des histoires fraîches, drôles et bizarres, tirées de la vie réelle qui vont droit au cœur.

Accompagnement musical : Roman Nowka

 

Réouverture de la Maison Rousseau & Littérature

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DU 30 MARS 2021 

 

21 avril 2021 : la MRL fait peau neuve ! Et rouvre ses portes en plein cœur de la Cité, au 40 Grand-Rue, dans la maison natale de Jean-Jacques Rousseau.

Après deux années de travaux, la maison accueille désormais le public sur six étages. Une bâtisse entièrement rénovée avec une identité visuelle contemporaine pour célébrer la pensée visionnaire de Rousseau et propager la littérature et le goût de la lecture ; un lieu de débats et de rencontres où le passé et le présent dialoguent pour mieux saisir notre temps et construire le futur.

 

Puits de lumière pour le Philosophe des Lumières

Sous l’impulsion d’un élan nouveau, la MRL – Maison Rousseau & Littérature s’affirme comme un lieu incontournable de la vie culturelle genevoise, un lieu d’intersection des littératures locales, nationales et internationales avec un accent mis sur la création romande ; une maison des écrivaines et des écrivains, des artistes et des savoirs. Imaginée autour d’un puits de lumière qui la diffuse à tous les étages, la rénovation de la maison reflète la ligne programmatique et invite à rêver le monde pour le réinventer. Au rez-de-chaussée : un café ; au 1er étage, le Parcours Rousseau ; au 2e et au 3e, deux salles destinées aux événements (rencontres, ateliers d’écriture, lectures, lectures musicales, performances, activités de médiation culturelle) ; au 4e, les bureaux, et au 5e, trois studios sous les combles pour des résidences d’écrivains – tradition genevoise oblige !

 

Rousseau, lanceur d’alerte de la modernité

Le Parcours Rousseau a été complètement repensé. Il regroupe textes, films, photographies, illustrations et musiques pour renouveler notre approche de l’œuvre de Rousseau. Scénographié par l’architecte zurichois Tristan Kobler du bureau Holzer Kobler, et co-scénarisé par deux spécialistes de Rousseau – Martin Rueff et Guillaume Chenevière –, le parcours perpétue et actualise la pensée du philosophe en la confrontant aux défis de notre époque : éducation, nature et environnement, laïcité, citoyenneté, bonheur. Constitué de sept niches thématiques liées à l’œuvre du penseur, il révèle les paradoxes et les contradictions de la modernité naissante que Rousseau a pointés en éclaireur : ces paradoxes nous interpellent aujourd’hui plus que jamais. On y découvre également une série de films d’animation signés par l’artiste berlinoise Agnieszka Kruczek et les œuvres de quinze étudiant·e·s du Master Cinéma de l’ECAL/HEAD.

Dans la droite ligne de ce parcours, nous proposons des rendez-vous où des spécialistes de Rousseau échangent avec des écrivains ou des personnalités issues d’autres horizons (sociologues, psychiatres, historiens, musicologues…) sur des préoccupations contemporaines. Portée par la veine citoyenne de Rousseau, la manifestation Écrire Pour Contre Avec conserve sa volonté d’aborder des thèmes de société en mêlant littérature et autres disciplines. Cette année, elle a pour thématique « Vieillir au 21e siècle ».

 

Une scène à l’image du dynamisme littéraire

Le milieu littéraire connaît une remarquable évolution avec l’émergence de nouvelles expressions, de collectifs d’auteurs et de toutes sortes de revendications en lien avec le statut de l’écrivain. La MRL se fait l’écho de ces changements et des questions qu’ils soulèvent. Elle affiche une programmation plurielle et délibérément éclectique, ouverte aux différents genres littéraires. Elle donne une scène à la lecture et à ses hybridations (lecture musicale, performée, dessinée) pour diversifier les publics, stimuler leur curiosité et susciter le désir de lire. Convaincue que l’échange et la confrontation des points de vue sont essentiels à la liberté de pensée, elle favorise la discussion entre invités.

Des cycles thématiques rythment la saison. En 2021 : place aux femmes ! Avec notamment Douna Loup et la sociologue Delphine Gardey, une soirée Agota Kristof avec la lecture du Grand Cahier par Valentin Rossier, des rencontres autour de Marguerite Duras et de Catherine Colomb, une table ronde sur la condition des femmes écrivaines aujourd’hui. Un cycle « Rousseau et la musique : l’invention de la liberté » nous conduira à une série de soirées musicales. Côté festival, une nouvelle édition de la Fureur de lire se prépare.

 

Accès libre à la littérature : podcasts et livres audio

Depuis cet hiver, notre chaîne de podcasts diffuse « Les Rendez-vous de la MRL », avec un générique original composé par Guy-François Leuenberger. Ecrivains reconnus ou en plein envol, poètes, auteurs d’ici et d’ailleurs s’écoutent désormais en tout temps sur notre site et sur les plateformes habituelles (soundcloud, spotify, apple).

Autre grande nouveauté : des livres audio pour accéder autrement à la littérature, et l’offrir notamment aux personnes aveugles ou malvoyantes. Trois livres de Luis Sepúlveda, lus et sonorisés par Guillaume Pidancet, inaugurent ce projet dès le mois d’avril. À écouter  sur notre site.

Cette programmation est complétée par une série de propositions destinées aux écoles – publiques et privées – ou à des publics qui n’ont pas l’habitude de fréquenter les lieux de culture, grâce à nos activités de médiation culturelle.

 

Privé / public : mariage heureux à la MRL

Les travaux de rénovation de la MRL ont été exclusivement financés par des fonds privés. Le budget de fonctionnement est principalement garanti par une subvention du canton et étoffé par des recherches de fonds privés. La MRL bénéficie d’un droit de superficie accordé par l’Etat de Genève. Elle est une Fondation de droit privé, avec un Conseil composé de onze membres et présidé par Manuel Tornare. Son équipe est formée de cinq personnes, en plus de la direction qui sera nommée ce printemps.

 

AGENDA

31 mars 2021 : Podcast – « Évocation Duras »

12 au 15 avril : visites presse de la MRL

16 avril 2021 : Livre audio – Luis Sepúlveda

21 avril 2021 : OUVERTURE DE LA MRL

22 avril 2021 : Podcast – Hommage à Philippe Jaccottet

25 avril 2021 : Lecture musicale avec Arno Camenisch et Roman Nowka

À propos de la rénovation

Architectes : GMAA – GM Architectes Associés

Décorateur d’intérieur : Nicolas Perrottet

Graphisme et identité visuelle : Jonas Nicollin

 

Télécharger le communiqué de presse (PDF)

 

CONTACT

Eduardo Mendez
Responsable communication et presse
eduardo.mendez@m-r-l.ch
+41 22 318 00 65
www.m-r-l.ch

 

 

 

Evocation Duras

Marguerite Duras : il suffit de prononcer ce nom pour que ressurgissent une voix, un phrasé unique, des silences parfaitement agencés. Son œuvre monumentale et le personnage qu’elle s’est construit tout au long de sa vie ont fasciné autant que divisé.

Née à Saigon en 1914, Marguerite Duras est morte il y a 25 ans, en mars 1996, à Paris. Femme de lettres, de cinéma, de théâtre et de radio, figure engagée dans les combats de son siècle, elle est devenue un mythe – certains diraient « une mythologie ». Hors normes, elle a franchi les registres littéraires et artistiques, et s’est imposée comme un modèle. À présent que les polémiques autour de sa personnalité se sont apaisées et que la place des femmes écrivaines a changé, comment son œuvre continue-t-elle de faire son chemin ?

Afin d’évoquer celle qui a reçu le Prix Goncourt en 1984 pour son roman L’amant, nous recevons cinq femmes pour qui elle a compté et ouvert une voie intérieure: Laure Adler, Jeanne De Mont, Elisa Shua Dusapin, Julie Gilbert et Nathalie Piégay.

 

 

LAURE ADLER

Femme de radio, journaliste et essayiste, Laure Adler a fréquenté Marguerite Duras et signé sa biographie aux éditions Gallimard (Prix Femina de l’essai 1998). Elle vient de publier La voyageuse de nuit chez Grasset. On peut l’entendre du lundi au jeudi dans L’heure bleue sur les ondes de France Inter.

 

JEANNE DE MONT

Comédienne, Jeanne De Mont fait partie de l’ensemble d’actrices et d’acteurs de la saison 2021-2022 du Théâtre de Poche de Genève. En décembre 2020, ce même théâtre lui a donné une carte blanche pour proposer la lecture d’un texte important dans son parcours: elle a choisi Ecrire de Marguerite Duras.

 

ELISA SHUA DUSAPIN

Elisa Shua Dusapin est écrivaine. En 2020, elle a publié son troisième roman Vladivostok Circus, après Les billes du Pachinko (Prix suisse de littérature 2019) et Hiver à Sokcho (Prix Walser 2016). Tous ses livres sont parus aux éditions Zoé. Elle travaille également pour le théâtre et le cinéma.

 

JULIE GILBERT

Julie Gilbert écrit pour le théâtre, le cinéma et la radio. Actuellement, elle est impliquée dans le projet Vous êtes ici, une série destinée à la scène, qui tourne dans les théâtres genevois. Elle a également conçu la Bibliothèque sonore des femmes, présentée à la MRL en 2018. Cette bibliothèque met en valeur les écrivaines d’hier et d’aujourd’hui.

 

NATHALIE PIÉGAY

Nathalie Piégay a publié deux romans aux éditions du Rocher, La petite ceinture (2020) et Une femme invisible (2020). Parallèlement à son travail d’écriture, elle est critique littéraire et Professeure de littérature française moderne à l’université de Genève.

Mère et (in)visible ?

Journée internationale des femmes

 

Nathalie Piégay dans Une femme invisible et Chirine Sheybani avec C’est l’histoire d’une mère qui s’en va mettent en lumière deux destinées emblématiques de la condition des femmes : d’un côté, la mère d’Aragon et son histoire d’amour, d’écriture et de dissimilation ; de l’autre, une femme ordinaire face à l’ambivalence de l’expérience de la maternité. Deux romans puissants, qui dessinent des portraits de femmes confrontées à des traditions et des clichés tenaces ; deux protagonistes qui se battent pour rester debout et autonomes, malgré les fissures intérieures. 

 

Pour rédiger Une femme invisible, l’écrivaine et chercheuse Nathalie Piégay a mené une longue enquête sur la mère de Louis Aragon et les mensonges qui entourent la naissance du célèbre poète. Face à l’indigence des documents trouvés, elle a inventé, elle a donné à Marguerite une épaisseur, une volonté et une sensualité. À travers l’existence effacée de cette femme, surgissent des pans étonnants de la biographie d’Aragon. Un roman magnétique et savant qui a été retenu dans les finalistes du Prix Renaudot essai 2018. 

Si Nathalie Piégay se penche sur une femme de la fin du 19e siècle, tout en la rattachant à la conscience féministe du siècle suivant, C’est l’histoire d’une mère qui s’en va s’inscrit parmi les ouvrages ultra contemporains qui osent parler ouvertement de la maternité. À coups de phrases incisives, Chirine Sheybani y dégomme un certain nombre de lieux communs et révèle avec justesse le psychisme d’une jeune femme somme toute banale. Un récit sensible où se dessine un chemin initiatique libérateur. 

 

NATHALIE PIÉGAY

Née en 1965 à Lyon. Nathalie Piégay est écrivaine et critique littéraire. Après avoir longtemps enseigné à l’université Paris-Diderot, elle est aujourd’hui professeure de littérature moderne et contemporaine à la Faculté des lettres de l’université de Genève. Spécialiste de Simenon, Pinget et Aragon, elle signe son premier roman en 2018 avec Une femme invisible et son second, La petite ceinture, en 2020. Ces deux livres sont parus aux éditions du Rocher

 

CHIRINIE SHEYBANI

Née en 1983 à Genève. Chirine Sheybani a publié son premier roman en 2019 : Nafasam a connu un bel écho critique et public, et a notamment reçu le Prix Lettres Frontières 2019. C’est l’histoire d’une mère qui s’en va est son deuxième roman. Ces deux livres sont publiés par les éditions Cousu Mouche

 


Pour en finir avec l’universel partage

A quelques semaines du Printemps de la poésie, la MRL a lancé un défi à son fondateur, Antonio Rodriguez : imaginer un projet qui dise son engagement envers la poésie et valorise le format numérique. Sans hésiter, Antonio Rodriguez a répondu : « Pour en finir avec l’universel partage ». Artaud n’est pas très loin, Mallarmé non plus.

 

Où se tient la poésie aujourd’hui ? Comment « vivre poétiquement » en Suisse ? Quels sont les actes qui nous ancrent poétiquement dans l’ici sans renoncer aux circulations plus « mondiales » ? Poète et professeur, Antonio Rodriguez réalise un podcast en regardant par sa fenêtre et en observant poétiquement son environnement. Il prend appui sur un « écosystème » qu’il entrevoit comme une « vallée lyrique » au milieu du continent européen – bien loin de l’« egosystème » industriel qui absorbe et sacrifie les énergies créatives pour reproduire certains modèles. Désormais l’« universel partage » se tient sur les réseaux sociaux comme une nouvelle norme pour échanger les « mots de la tribu », et remplacer l’ « universel reportage » de Mallarmé, auparavant garanti par les forts tirages de la presse et des éditeurs. Le passage du papier au pixel implique-t-il forcément une perte ? Antonio Rodriguez développe la recherche d’une vie meilleure grâce à la poésie et à ce qu’elle peut encore représenter actuellement.

 

Le programme complet du Printemps de la poésie ICI

 

 

ANTONIO RODRIGUEZ

Né en 1973. Poète et professeur à la Faculté des lettres de l’université de Lausanne, Antonio Rodriguez est le fondateur du Printemps de la poésie en Suisse. En 2020, avec Europa Popula, il a achevé sa trilogie poétique sur l’Europe chez Tarabuste (Big bang Europa, Après l’Union). Président du réseau mondial d’études poétiques I.N.S.L., il mène également une série de réflexions sur les réseaux littéraires et les organisations internationales de la poésie.

 

Poésie plein la bouche

Une rencontre en partenariat avec le Printemps de la poésie

 

Ces deux-là ne sont pas du style à confiner leurs mots dans un livre : Emanuel Campo et Matthieu Corpataux aiment donner de la voix, du son, de la mastication à leur poésie. Ils s’emparent du quotidien, de ce qui leur passe sous les yeux, et pourquoi pas de sucre roux, de kebab, de questions de société, de souvenirs d’enfance, de google et de références textuelles ; de tout cela et plus encore pour nous embarquer dans leur univers décomplexé. Ils osent être terre-à-terre sans se priver de raffinements littéraires. Raymond Carver n’est jamais très loin de leur inspiration made in USA dans ce qu’elle a de meilleur : une poésie immédiate, simple, affranchie des formes traditionnelles. Deux poètes qui décloisonnent le genre en toute liberté : ça nous en bouche un coin et ça fait du bien.

Emanuel Campo et Matthieu Corpataux se rencontrent ici pour la première fois et échangent sur leur démarche et les enjeux de la poésie aujourd’hui. 

 

 

Le programme complet du Printemps de la poésie ICI

 

MATTHIEU CORPATAUX

Né en 1992. Matthieu Corpataux fonde l’Epître en 2013, une revue en ligne et en papier centrée sur la relève littéraire. Depuis 2014, il dirige la maison d’édition des Presses littéraires de Fribourg qu’il a fondée cette même année avec Luca Giossi. En 2019, il est nommé à la direction du Salon du livre de Fribourg, qu’il rebaptise Textures. Sucres est son premier recueil de poésie (éd. de l’Aire, collection Métaphores, 2020). Il vit à Fribourg. 

 

EMANUEL CAMPO

Né en 1983 en Suède. Entre poésie, théâtre, performance et musique, Emanuel Campo évolue librement. Il est notamment actif au sein de Etrange Playground, une compagnie pluridisciplinaire tournée vers les écritures contemporaines et la poésie. Aux éditions de la Boucherie littéraire, il publie Maison. Poésies domestiques (2015) et Faut bien manger (2019), un texte actuellement en lice pour le Prix des Découvreurs. Entre ces deux publications, son recueil Puis tu googlas le sens du vent pour savoir d’où il venait paraît aux éditions Gros Textes (2018). Il vit à Lyon. 

 

À lire : 

Matthieu Corpataux, Sucres, éd. de l’Aire, 2020

Emanuel Campo, Faut bien manger, éd. la Boucherie littéraire, 2019 ; Puis tu googlas le sens du vent , éd. Gros textes, 2018 ; Maison. Poésies domestiques, éd. la Boucherie littéraire, 2015

Quand la fiction comble les trous de la mémoire familiale

Daniel Maggetti et Romain Buffat ouvrent les malles de leur histoire familiale, pour y trouver des souvenirs lacunaires, des photographies jaunies et quelques lettres qui appellent l’imagination. Face aux silences de leur généalogie, les deux écrivains spéculent. Deux styles, deux récits différents qui disent combien l’écriture objective n’existe pas, combien l’histoire est sujette à inventions.

Dans Schumacher, premier roman de Romain Buffat, nous suivons le protagoniste qui donne son nom au livre. De ce jeune homme, le narrateur « ne sait à peu près rien, sinon ce qu’il faut pour en faire un mythe. ». Il sait toutefois ceci : Schumacher a fait un enfant à une jeune Française… la grand-mère de l’auteur. Nous sommes dans les années 1950, entre les Etats-Unis et une base américaine située dans le nord de la France. Au passage de cette reconstitution jubilatoire, le rêve américain est passablement écorné, tandis que la légende familiale colmate ses fissures.

Avec Daniel Maggetti et Une femme obscure, on change de lieu et d’époque. Nous voilà dans un village du Tessin, au début du siècle dernier. Là règne Melanía, la grand-mère de l’écrivain. Toute jeune, elle est tombée enceinte, on ne sait pas de qui. Un personnage dense et opaque, une femme ambiguë et puissante qui entraîne le lecteur dans un monde disparu.

 

Romain Buffat, Schumacher, éd. d’autre part, 2018                                 Daniel Maggetti, Une femme obscure, éd. Zoé, 2020

 

 

ROMAIN BUFFAT

Né à Yverdon-les-Bains en 1989. Il se forme à l’Institut littéraire de Bienne et fait partie du collectif d’auteurs Hétérotrophes. Schumacher (éd. d’autre part, 2018), son premier roman, a été très remarqué par la critique et le public. Il vient d’être traduit en allemand chez Verlag Brotsuppe. Romain Buffat participe à divers projets littéraires. Dernièrement, il a écrit le feuilleton « Qwertzédaire : histoire d’une Hermès 3000 », une commande la Bibliothèque publique et scolaire d’Yverdon-les-Bains. Il vit à Lausanne.

 

 

DANIEL MAGGETTI

Né au Tessin en 1961. Il se forme à l’Université de Lausanne, où il vit aujourd’hui, et dirige le Centre des Littératures en Suisse romande. Il est l’auteur d’éditions critiques et de plusieurs essais portant sur la littérature romande. Il signe également des recueils de poésie et des romans, parmi lesquels La veuve et l’enfant (éd. Zoé, 2015), Les créatures du Bon Dieu (éd. L’Aire, 2007), Chambre 112 (éd. L’Aire, 1997), Les morts, les anges, la poussière (éd. L’Aire, 1995).

Beyrouth, entre vitalité et sidération

En partenariat avec RTS Culture et QWERTZ, sa Newsletter Livres

 

En juillet 2020, le romancier libanais Charif Majdalani commence un carnet de bord. Il y consigne des anecdotes qui disent le quotidien de son pays, la corruption, la crise politique, économique et sanitaire. De ces petites histoires il comptait faire une fiction. L’explosion du 4 août a donné un nouveau sens à son projet : Beyrouth 2020, journal d’un effondrement devient alors le témoignage d’une catastrophe. Et pourtant Charif Majdalani n’y perd jamais le sens de la vitalité, de la poésie et même de l’humour. Ce livre lui a valu le Prix Femina 2020. 

Pour parler de cet élan de vie et de la force de créativité qui irradient le Liban, Charif Majdalani rencontre – virtuellement – Marco Costantini, co-directeur du Mudac (Musée de design et d’arts appliqués de Lausanne) et commissaire d’une exposition en cours d’élaboration sur le design à Beyrouth. Ce chantier d’envergure plonge dans l’histoire récente du design comme reflet du dynamisme créatif du Liban, de la volonté de ses artistes de s’emparer de leur Histoire et de leur liberté. 

L’explosion de cet été a particulièrement touché le quartier où se concentrait la majorité des designers. Jusqu’ici, il y avait peu de documents sur l’histoire du design. À ce manque s’ajoutent aujourd’hui un milieu dévasté et une nation sidérée. 

 

 

CHARIF MAJDALANI

Charif Majdalani vit à Beyrouth, où il est né en 1960. Il est l’une des plumes les plus éloquentes de son pays. Il enseigne à l’université Saint-Joseph, à Beyrouth, et y dirige le département des lettres françaises. Parmi ses autres livres, tous publiés aux éditions du Seuil : L’empereur à pied (2017), Villa des femmes (2015, Prix Jean Giono), Le dernier Seigneur de Marsad (2013).

 

MARCO COSTANTINI

Historien de l’art et commissaire d’exposition, Marco Costantini est directeur adjoint du Mudac (Musée de design et d’arts appliqués contemporains de Lausanne) depuis 2020. Il est aussi co-directeur de la revue Raddar, premier magazine de Suisse consacré à la recherche dans le domaine du design.

Jean Starobinski, cent ans et deux nouveaux livres

Cet automne 2020, Jean Starobinski aurait eu cent ans. Pour fêter cet intellectuel de génie, deux ouvrages de lui paraissent en librairie : Le corps et ses raisons, un livre posthume édité et préfacé par Martin Rueff et Histoire de la médecine, une réédition de la publication de 1963 éditée et préfacée par Vincent Barras.

Martin Rueff et Vincent Barras se retrouvent autour du micro de la MRL pour nous parler de ces deux publications et évoquer plus largement la figure et l’œuvre de Jean Starobinski.

Première partie:

 

Deuxième partie:

 

Le corps et ses raisons (éd. du Seuil)

Premier livre posthume de Jean Starobinski, conçu par lui avant sa disparition, il réunit des articles écrits entre 1950 et 1980. S’entrelacent ici le regard clinique et le regard critique, l’historien de la médecine et l’interprète littéraire qu’était Jean Starobinski. L’auteur revient sur des grands textes de la littérature (dont La peste et Madame Bovary), tout en rappelant des noms de savants et de médecins d’autrefois qui éclairent notre présent.

 

Histoire de la médecine (éd. Héros-Limite)

Le livre paraît initialement en 1963 chez Rencontre, une maison d’édition lausannoise. Destiné au grand public, il est tiré au nombre spectaculaire de 60 000 exemplaires. C’est Nicolas Bouvier, devenu un ami proche de Jean Starobinski, qui y rassemble la riche iconographie. L’ouvrage traverse l’histoire de la médecine occidentale, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Dans cette réédition, Vincent Barras resserre l’iconographie, mettant davantage en valeur le texte qui résonne comme une invitation à parcourir « le destin des civilisations » pour mieux comprendre « les valeurs fondamentales de notre existence ».

 

MARTIN RUEFF

Professeur de littérature française à l’université de Genève, il occupe la chaire du 18e siècle, autrefois occupée par Alain Grosrichard, qui a lui-même succédé à Jean Starobinski. Il est également poète, traducteur, philosophe et critique littéraire.

 

VINCENT BARRAS

Médecin de formation, il est aujourd’hui historien de la médecine. Il travaille au sein du Centre hospitalier universitaire du Canton de Vaud (CHUV) et enseigne l’Histoire et la philosophie des sciences à la faculté de biologie et de médecine. Il est aussi poète, traducteur et éditeur.

 

 

Jean STAROBINSKI – cent ans

17 novembre 2020 : Jean Starobinski aurait eu cent ans aujourd’hui. Si l’homme s’est éteint en mars 2019, sa pensée reste puissamment éclairante. Critique littéraire hors norme, historien des idées, médecin, spécialiste du Siècle des Lumières, Jean Starobinski – en sublime passeur – aura voué sa vie à nous permettre de mieux comprendre les œuvres et notre temps.

En 2016, nous avons eu la chance d’accueillir la dernière intervention publique du savant. C’était au Palais Eynard, grâce à l’étroite collaboration de l’université de Genève. Les photographies ci-dessous, signées Magali Girardin, en font revivre des instants.

Pour saluer sa mémoire, cette lettre inédite du poète et critique Martin Rueff, actuel titulaire de la chaire de littérature du 18e siècle autrefois occupée par le maître.

Genève, le 28 juin 2016. À l’occasion de la sortie du livre “La beauté du monde” (éd. Gallimard), au Palais Eynard. © MRL 2016 – Magali Girardin

 

 

Lettre à Jean Starobinski de Martin Rueff

 

           Cher Jean, il y a plus d’un an que vous êtes trop loin pour que nous puissions vous adresser la parole, et que votre douceur nous manque ; il y aura aujourd’hui cent ans que vous naissiez.

            Comment vous écrire pour vous dire ce qu’on ne dit qu’aux vivants : bon anniversaire ? Comment vous dire ce qui nous attache à vous et qui reste si intensément présent pour nous ? Comment vous dire aussi ce que vous voudriez savoir et qui fait le prix des correspondants lointains, ce qu’est devenu le monde depuis que vous l’avez quitté ? C’est cela sans doute que vous voudriez savoir de nous.

            Votre parole nous manque, votre regard nous manque et ce n’est pas tant à l’écrivain que vous êtes que je pense : c’est au professeur. Comment aurait-il accueilli ce qui agite aujourd’hui les universités ? A l’heure où, sous le triple coup de la mutation climatique qui détruit notre monde, de la dérégulation économique et de l’explosion des inégalités sociales, il semble que la « nouvelle universalité » ce soit, selon les mots douloureux de Bruno Latour, de « sentir que le sol est en train de céder », votre enseignement, avec sa puissance d’hospitalité et de formulation, nous fait défaut.

            Je fais le pari que vous n’auriez pas craint de voir l’université débattre de toutes les questions d’identité ; que vous n’auriez pas eu peur d’expliquer que les Lumières ne sont pas ce squelette décharné qui sert aujourd’hui d’épouvantail aux ignorances de tous bords ; que vous auriez tenu à rappeler que l’émancipation est leur programme, et l’universalité des droits l’énoncé d’un problème et non l’affirmation butée d’une solution toute faite. Vous auriez dit que les Lumières qui créèrent les sciences humaines ne se détournaient pas des religions, mais qu’elles s’en obsédaient à chaque fois qu’elles redoutaient, parce qu’elles les constataient, les empiètements du théologique et du politique.

            Vous auriez convoqué les poètes. Vous auriez évoqué vos auteurs chéris, le ramage de Diderot, la fête de Rousseau, la joie bouleversante de Mozart, la délicatesse déchirante de Chardin. Vous auriez affirmé les pouvoirs de l’intelligence quand elle s’assortit de l’inquiétude de la sensibilité. Vous auriez dit, comme dans votre Montesquieu de 1953 que la modération, loin d’être un « rétrécissement », « implique une perpétuelle vigilance ». A l’heure des tonitruements, votre modération est un bien précieux qu’il faut chérir.

            De notre part, en guise de cadeau d’anniversaire, autour de la table fleurie, nous voudrions vous offrir deux de vos livres, fraîchement édités : Le Corps et ses raisons et Histoire de la médecine, le premier que vous aviez construit pour le confier au Seuil, le second qui remonte à 1963 et que Nicolas Bouvier vous avait demandé d’illustrer. Des mains fidèles tendent ces livres vers vous comme un retour facétieux à l’envoyeur.

            Vous qui étiez si grave, vous aimiez distinguer dans la vie la facétie comme une des plus jolies figures de la grâce. J’aimerais qu’Hésiode l’ait distinguée parmi les muses enchanteresses, car c’est de la facétie que je voudrais me réclamer ce matin pour fêter votre centenaire.


Martin Rueff
Genève, le 17 novembre 2020

 

Genève, le 28 juin 2016. Dédicace à l’occasion de la sortie du livre “La beauté du monde” (éd. Gallimard), au Palais Eynard. © MRL 2016 – Magali Girardin

Genève, le 28 juin 2016. Martin Rueff, Jean Starobinski et Michel Jeanneret à l’occasion de la sortie du livre “La beauté du monde” (éd. Gallimard), au Palais Eynard. © MRL 2016 – Magali Girardin



Deux livres de Jean Starobinski sortis en librairie en novembre

 

Le Corps et ses raisons (éd. Seuil), où quand le corps devient un espace de quête du se

ns. Jean Starobinski avait conçu l’ouvrage de son vivant et demandé à Martin Rueff d’en écrire la préface. Il nous arrive là, comme un joyeux clin d’œil de l’au-delà.

Histoire de la médecine (éd. Héros-Limite), une réédition établie et annotée par l’historien de la médecine Vincent Barras. Le livre a été publié une première fois en 1963, aux Editions Rencontre. L’iconographie était alors signée par Nicolas Bouvier. On la retrouve ici, toujours aussi captivante.

Anne-Sophie Subilia | Ecrire le dehors

Intéressée par la figure du flâneur et le rapport que nous entretenons avec le réel, Anne-Sophie Subilia vous invite à une expérience sensible en deux temps. D’abord, vous vous promènerez et prendrez des notes dans une attitude d’observation. A partir de cette matière première, vous écrirez ensuite vos textes. Ce sera alors l’occasion d’explorer divers registres littéraires, dans un aller-retour créatif entre le dehors observé et vos perceptions intérieures. Cet atelier permettra également d’aborder d’un point de vue original la relation dynamique et inspirante entre objectivité et subjectivité.


ANNE-SOPHIE SUBILIA

Anne-Sophie Subilia vient de publier son cinquième livre, Neiges intérieures (éd. Zoé 2020), après avoir signé Les hôtes (Paulette éditrice 2018), Parti voir les bêtes (éd. Zoé 2016, Arthaud Poche 2018), Qui-vive (Paulette éditrice 2016) et Jours d’agrumes (éd. de l’Aire 2013). Sa démarche est marquée par la géopoétique et la pensée de Kenneth White, qui met au centre de sa recherche le rapport de l’Homme à la Terre et notre relation à l’environnement. En 2019, elle a co-signé la performance Hyperborée avec le metteur en scène et acteur Jean-Louis Johannides et l’artiste sonore Rudy Decelière (présenté à la Comédie de Genève, au Théâtre Saint-Gervais, au Théâtre du Grütli et à l’ABC). Anne-Sophie Subilia est membre du collectif AJAR.

Elisa Shua Dusapin | L’art du portrait

La description d’un personnage a toujours un sens dans un texte, quel que soit le registre (roman, polar, journal intime, autofiction…). Un portrait peut permettre d’évoquer un contexte social, culturel ou historique. Il peut aussi induire un profil psychologique, véhiculer un monde symbolique ou suspendre le temps dans le flux d’une intrigue. Quand et comment faire intervenir un portrait pour qu’il exprime au mieux vos intentions d’auteur ? Quels termes choisir et de quelle manière les agencer ?  C’est ce que vous expérimenterez avec Elisa Shua Dusapin. Et vous verrez également que ce qui est valable pour un personnage peut l’être pour un lieu ou tout autre élément d’un texte.

ELISA SHUA DUSAPIN
Elisa Shua Dusapin s’est fait remarquer dès la parution de son premier livre, Hiver à Sokcho (éd. Zoé, 2016), qui lui a valu plusieurs distinctions, dont le Prix Robert Walser. Avec son deuxième roman, Les billes du Pachinko (éd. Zoé, 2018), elle se retrouve à nouveau sur le devant de la scène littéraire suisse et reçoit le Prix suisse de littérature 2019. Toujours aux éditions Zoé, elle vient de publier Vladivostok Circus. Elisa Shua Dusapin a obtenu son diplôme à l’Institut littéraire de Bienne en 2014, puis a poursuivi ses études en Faculté de lettres à l’université de Lausanne. Elle travaille également dans le domaine du théâtre.

Mathias Howald | Album de soi

Quelle image souhaitons-nous donner de nous-même ? Et quelles images de nous sont produites indépendamment de notre volonté ? A partir de souvenirs, de photographies de famille ou encore de lectures, vous traverserez cette fascinante thématique en compagnie de l’auteur Mathias Howald. Durant cet atelier, vous réaliserez des petits livres individuels, composés de chapitres écrits selon différentes consignes inspirées par les démarches d’écrivaines et d’écrivains tels que Marguerite Duras, Annie Ernaux, Georges Perec, Robert Walser et Hervé Guibert.

MATHIAS HOWALD
Né à Lausanne en 1979, Mathias Howald a suivi des études de Lettres et enseigne aujourd’hui l’anglais au gymnase. Son premier roman, Hériter du silence (éd. d’autre part 2018) a rencontré un bel écho auprès du public et de la critique. Il a obtenu le Prix du Public RTS 2019. Parallèlement à sa pratique d’écriture personnelle, Mathias Howald est membre du collectif Caractères mobiles, avec lequel il vient de publier Au Village, également aux éditions d’autre part.

ANNULÉ – Pajak-Mégevand : la biographie ou comment s’emparer de la vie des autres

Frédéric Pajak et Matthieu Mégevand ont développé, ces dernières années, un important projet littéraire axé sur la biographie d’artistes célèbres et basé sur un colossal travail de documentation. Qu’est-ce qui les intéresse tant dans la vie des autres et que deviennent ces existences sous leur plume ?

Chez Frédéric Pajak, cette entreprise a donné lieu au Manifeste incertain, un livre en neuf volumes consacré à des figures telles que Walter Benjamin, Vincent Van Gogh, Emily Dickinson ou encore Marina Tsvetaieva. Publié au rythme d’un par année, le dernier va paraître en septembre 2020. Manifeste incertain 7 a valu à son auteur le Prix Goncourt de la biographie 2019, tandis que le volume 3 a été salué par le Prix Médicis Essai 2014 et le Prix suisse de littérature 2015. Ces livres dessinés par Pajak lui-même de son trait noir et intense forment « une réflexion sur l’Histoire d’apparence fragmentée », saisie non seulement du point de vue des grands événements, mais aussi par la lorgnette de la petite histoire, de celle des « laissés-pour-compte et des vaincus », pour reprendre les mots de Pajak. Tous les volumes de son Manifeste incertain sont publiés par les Editions Noir sur Blanc.

Quant à Matthieu Mégevand, il conçoit une trilogie romancée : chaque volet porte sur un artiste mort à 36 ans et tous sont édités chez Flammarion. Le premier volet, La bonne vie, se penche sur la destinée de Roger Gilbert-Lecomte (1907-1943). Ce poète maudit est fasciné par Rimbaud et rejeté par Breton, avant d’être quelque peu oublié par l’histoire littéraire. Le second, Lautrec, est dédié à Henri Toulouse-Lautrec (1864-1901), peintre génial et homme de tous les excès. Le dernier, en cours d’écriture, s’inspire de la vie de Mozart (1756-1791).

Rencontre avec projection des dessins de Frédéric Pajak

FRÉDÉRIC PAJAK
Auteur franco-suisse, né en 1955. Il a publié une vingtaine de livres, qui mêlent presque toujours dessin et écriture, et qui ont régulièrement été primés. Il dirige la collection des Cahiers dessinés chez Buchet Chastel.

MATTHIEU MÉGEVAND
Né à Genève en 1983, il a notamment publié Ce qui reste des mots (éd. Fayard 2013) et Les lueurs (éd. l’Âge d’homme, 2016). En 2018 paraît La bonne vie et, l’année suivante, Lautrec. Depuis 2015, il dirige les éditions Labor et Fides.

ANNULÉ – Patrick Chamoiseau intime

Patrick Chamoiseau, l’une des voix les plus influentes de la Caraïbe et de la littérature contemporaine, sera parmi nous les 19 et 20 mars. Deux rendez-vous axés sur deux thèmes différents. Ces rencontres sont menées par Jérôme David, en collaboration avec le Bodmer Lab.

Comment l’intimité rime-t-elle avec l’altérité, le monde et la grande histoire dans l’œuvre de Patrick Chamoiseau ? C’est ce qu’aborde ici l’auteur de Texaco, prix Goncourt 1992.

Entre 1990 et 2005, Patrick Chamoiseau a écrit trois livres autobiographiques : Antan d’enfance, Chemin-d’école, A bout d’enfance. L’écrivain y révèle sa langue poétique et son art de conteur hors pair. Loin de tout narcissisme, ces textes traversent des thèmes qui lui sont chers : la créolité, le mélange des origines, l’injustice sociale, le racisme, la domination des peuples…

En 2016, il signe La matière de l’absence, un nouveau roman écrit à partir de la mort de sa mère. Mais c’est là encore l’occasion de dépasser l’événement personnel pour parler de l’histoire des Antilles, de ses mythes, de ses rites et de sa créativité.

ANNULÉ – Mathias Howald | Album de soi

Quelle image souhaitons-nous donner de nous-même ? Et quelles images de nous sont produites indépendamment de notre volonté ? A partir de souvenirs, de photographies de famille ou encore de lectures, vous traverserez cette fascinante thématique en compagnie de l’auteur Mathias Howald. Durant cet atelier, vous réaliserez des petits livres individuels, composés de chapitres écrits selon différentes consignes inspirées par les démarches d’écrivaines et d’écrivains tels que Marguerite Duras, Annie Ernaux, Georges Perec, Robert Walser et Hervé Guibert.

MATHIAS HOWALD
Né à Lausanne en 1979, Mathias Howald a suivi des études de Lettres et enseigne aujourd’hui l’anglais au gymnase. Son premier roman, Hériter du silence (éd. d’autre part 2018) a rencontré un bel écho auprès du public et de la critique. Il a obtenu le Prix du Public RTS 2019. Parallèlement à sa pratique d’écriture personnelle, Mathias Howald est membre du collectif Caractères mobiles, avec lequel il vient de publier Au Village, également aux éditions d’autre part.

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