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Entre mémoire et post-mémoire : deux récits de douleur et d’exil

Littérature, Rencontre, Société

Marisa Cornejo et Veronica Estay Stange partagent plus qu’une identité chilienne commune.

Elles ont vécu personnellement, ou par procuration, des parcours d’exil imposés par la violence politique de la dictature militaire et ont fait partie de la communauté chilienne de la ville mexicaine de Puebla, où leurs parents ont fini par trouver asile.

Établies aujourd’hui en Europe, elles ont toutes deux publié, d’abord en français, des récits de vie dont une partie de la narration est portée par les fillettes qu’elles ont été. Des témoins indirects selon le jargon judiciaire devenues des narratrices-témoins, inévitablement partiales, d’une histoire qui n’est pas totalement la leur et qu’elles ont décidé de se réapproprier.

Leurs récits sont nourris par les épreuves qu’impose l’exil et leurs narratrices ne sont pas égales face à celles-ci. Marisa Cornejo ayant suivi, et subi avec ses parents, leur très longue errance, tandis que Veronica Estay Stange est née bien après que les siens aient enfin pu arriver dans le pays où ils ont fait et refait leur vie.

Au-delà des partis pris très différents dans la construction narrative de leurs textes, les parcours de leurs narratrices convergent au moment de raconter les respectifs retours des autrices à ce pays qui n’est natal que pour l’une d’entre elles, mais auquel elles n’ont eu cesse de se sentir appartenir et même « d’aimer malgré tout ».

C’est à partir de ces deux enquêtes sur elles-mêmes et les blessures qu’elles rouvrent pour mieux pouvoir les soigner que nous vous invitons à écouter un échange entre les deux autrices, modéré et guidé par le traducteur Pedro Jiménez Morrás. Il sera aussi question des dernières créations artistiques de Marisa Cornejo et de l’autobiographie de Andrés Valenzuela Morales « Papudo », écrite par Veronica Estay Stange, œuvres qui continuent à questionner l’infidélité de la mémoire et l’impossible retour.

Intervenant·es

Marisa Cornejo, née en 1971 à Santiago, vit et travaille en Suisse. Elle est contrainte à l’exil après le coup d’État de Pinochet en 1973. Après l’Argentine, la Bulgarie et la Belgique, elle arrive au Mexique, où elle se forme à la danse et aux arts visuels. Elle y découvre le potentiel narratif des rêves, qui deviennent la source principale de son travail. En 1998, elle émigre en Angleterre, fonde une famille qui s’installe près de Genève en 2005. Après un Master en arts visuels à la HEAD (2014), elle développe une recherche sur la mémoire et la migration forcée, avec des performances réactivant des archives familiales.

Verónica Estay Stange est Maître de conférences HDR à l’Université Paris Cité. Ses recherches sont notamment consacrées aux rapports entre art et politique, dans le cadre des grands traumatismes collectifs en Amérique du Sud (Chili, Argentine). Elle est l’autrice de cinq livres, parmi lesquels Survivre à la survie. Chili, une mémoire déchirée (Calmann-Lévy, 2024) et La postmémoire à l’œuvre. Art et traumatismes politiques à travers les générations (Hermann, 2025). Fille de survivants de la dictature chilienne, elle est membre de l’Association des ex-prisonniers politiques chiliens en France. Nièce d’un ancien agent de la répression, elle est également cofondatrice du collectif Histoires désobéissantes, qui rassemble des descendants de responsables de crimes contre l’humanité engagés pour la mémoire, la vérité et la justice.

Pedro Jiménez Morrás (Santiago du Chili, 1965) vit à Bordeaux et travaille entre traduction, écriture et projets culturels. À partir d’une pratique liée à la littérature, aux arts visuels et aux études culturelles, il développe un travail situé entre essai et autofiction, autour des questions de langue, déplacement et identité. Il a notamment traduit vers l’espagnol l’ouvrage L’empreinte : Une archive d’artiste soustraite au terrorisme d’État de Marisa Cornejo.

Crédits photographiques

Photo de Marisa Cornejo : @ Yvain Genevay

À lire

L’empreinte : Une archive d’artiste soustraite au terrorisme d’État, Marisa Cornejo, art&fiction, 2023

Survivre à la survie. Chili, une mémoire déchirée, Verónica Estay Stange, Calmann-Lévy, 2023