Jorge Luis Borges a réinventé la fiction, il a découvert des territoires méconnus. Et ce n’est pas seulement à cause du caractère métaphysique de sa littérature, c’est plutôt la façon dont il pense le genre fantastique en tant que réel, surtout dans certaines de ses nouvelles.
Il faut se rappeler que la plupart sont très courtes, pas plus de quatre ou cinq pages. Donc l’exercice de les lire est en soi-même une première activité créative. Peu de pages, toute une invention.
Parfois, on confond l’érudition de Borges avec une exigence d’érudition du lecteur. Et la plupart du temps, ce n’est qu’un piège ou bien un rideau d’une vérité fragile. Peut-être que la fiction chez Borges est justement ça, la trouvaille d’une clé pour ouvrir la porte d’une subjectivité unique et à la fois universelle. Comme la plupart des personnages célèbres de la littérature, Borges est un créateur de décennies de personnages, en général tous ayant un nom, prénom, noms des parents, multiples coordonnées d’existence, et tout cela les rend particulièrement réels.
L’écrivaine et journaliste culturelle Silvia Hopenhayn parlera de certains d’entre eux : Pierre Ménard, Funes el memorioso, Juan Dahlmann, Ulrika, Borges (en tant que personnage dans son récit L’Aleph), Emma Zunz. On trouvera dans cette table ronde les sources de la création borgésienne : les énumérations paradigmatiques, les portraits, les genres (policiers, fantastique), les figures rhétoriques (paradoxes, analogies, oxymores, hypallages, etc.), mais surtout son incroyable capacité d’écriture imaginative, sensible et analytique.
Intervenant·e·s
Silvia Hopenhayn (écrivaine et journaliste culturelle argentine)
Présentation et modération : Catarina von Wedemeyer (Unité d’espagnol – UNIGE)
