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Michel Foucault (1926-1984)

Performance

Son corps, ce papier, ce feu… Il a 100 ans.

Dans les années 1980, alors qu’il est engagé dans l’écriture de l’Histoire de la sexualité, Michel Foucault se fait l’auteur d’une mystification. Alors que l’auteur d’un Dictionnaire des philosophes s’adresse à lui pour lui demander qui pourrait bien rédiger la notice Michel Foucault, Foucault la rédige lui-même et la signe d’un pseudonyme transparent : Maurice Florence. C’est un des nombreux testaments de Foucault. Il y atteint une clarté rare dans la définition de son projet philosophique : il aura cherché à construire une « histoire critique de la pensée », c’est-à-dire une histoire des conditions dans lesquelles sont formées ou modifiées certaines relations de sujet à objet. Pour qu’il y ait connaissance, la question est de savoir ce que doit être le sujet – à quelles conditions il peut devenir un sujet de la connaissance : son mode de subjectivation. Mais en même temps la question est de comprendre à quelles conditions quelque chose peut devenir un objet pour une connaissance : son mode d’objectivation.

On appellera dispositif les jeux de correspondance et de disjonction entre ces modes. Foucault étudia le dispositif de la folie dans son Histoire de la folie à l’âge classique (1960-1961), celui du savoir occidental dans Les mots et les choses (1966), celui de la prison dans Surveiller et punir (1975). Ce ne sont que quelques jalons dans une œuvre incandescente car l’œuvre de Foucault ne cesse d’interroger, de déplacer, de brûler. Ses entretiens sont une mine dont la fécondité ne s’épuise pas (les Dits et écrits rassemblés en 1994). Ses cours sont désormais disponibles.

L’Histoire de la sexualité vient compléter cette enquête car la sexualité est à la fois un mode de subjectivation (un sujet s’y découvre et s’y invente) et un mode d’objectivation (la sexualité est historique et codifiée, elle répond aussi à des dispositifs sociaux).

Pour Foucault, le lieu privilégié de la subjectivation et de l’objectivation est le corps. Le corps de Foucault, le corps selon Foucault, mais aussi le corps avec Foucault.

On essaiera de penser la pensée des corps de Michel Foucault.

On le fera avec des mots mais aussi avec tous les moyens du corps.

Melissa Cascarino et Martin Rueff partagent ici leur quatrième collaboration.

Biographie

De culture franco-italienne, originaire du Molise en Italie, non loin de Naples, Melissa Cascarino est née en 1978 et a grandi dans la banlieue de Paris en Seine-Saint-Denis. Danseuse-chorégraphe, pianiste, performer ou poète, elle travaille depuis de nombreuses années à Genève où elle a fondé sa compagnie en 2011. Différentes formes performatives et transdisciplinaires sont partagées entre institutions culturelles et espaces urbains, lieux insolites et indépendants. Son travail artistique transversal puise son essence dans l’utopie de faire corps avec le monde, donner chair au temps dans un abandon total au présent et révéler la puissance poétique profonde du réel. Déborder le cadre- décorum de la réalité et retrouver « l’origine du tourbillon » ( Walter Benjamin ) et la poésie civile de Pasolini dans l’acte artistique. Ses compositions et improvisations se déploient souvent dans des dispositifs qui se dilatent sur plusieurs heures en continu. 

Après avoir enseigné à Bologne et à Paris, Martin Rueff (1968) est professeur ordinaire de littérature française et d’histoire des idées à l’université de Genève. Critique, philosophe et traducteur, il est également auteur de livres de poèmes. Comme traducteur, il s’est consacré à l’œuvre de divers poètes italiens, mais aussi de philosophes et d’historiens. Il a travaillé à la retraduction de l’œuvre de Calvino chez Gallimard (huit volumes traduits). Il a co-traduit l’immense Works de Vitaliano Trevisan avec C. Mileschi. En 2024, il publie Au bout de la langue, NOUS. Dernière publication : Mode avion (Paris, L’extrême contemporain, 2025). Il est rédacteur en chef de la revue Po&sie. En 2025, il remporte le grand prix de l’Académie française de littérature pour « l’ensemble de son œuvre ». Il a contribué à l’édition des œuvres de Michel Foucault dans la Pléiade (2 volumes sous la direction de F. Gros, 2015).