En 1762, Rousseau choque ses contemporains avec l’adoption abrupte d’un vêtement, la robe et le bonnet d’Arménien. Des peintres célèbres l’immortalisent « en Arménien ».
Jacques Berchtold présente les accents singuliers de l’identification de Rousseau à la condition d’exilé, où deux modèles se conjuguent, l’un païen, Ovide à Tomis, l’autre chrétien, Jean Chrysostome à Cucuse et Arabissos en Arménie. Il souligne que la réinterprétation au siècle des Lumières (notamment à travers l’Encyclopédie) du récit de l’échouement de l’Arche de Noé sur le mont Ararat en Arménie est essentielle pour comprendre l’idée de « purification » des origines. Muni de cette intuition conceptuelle, il rappelle aux hommes prétendument civilisés qu’ils se sont dénaturés. La vocation naturelle de l’homme est intacte dans le cœur de Rousseau « nouveau Noé ».
En dialogue avec les travaux de Chake Matossian (Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles), Jacques Berchtold présente ce bien-fondé de la revendication par Rousseau d’une identité d’Arménien.
Intervenant
Jacques Berchtold, né à Genève, est un professeur et écrivain suisse. Ancien élève du collège Calvin et de lʹUniversité de Genève, il enseigna (1984-2000) la littérature française de la Renaissance au XIXe siècle dans les Universités de Berne, Genève, Yale et Johns Hopkins avant de devenir pensionnaire de l’Institut suisse de Rome. Professeur de littérature française du XVIIIe siècle à lʹUniversité Sorbonne Nouvelle – Paris (2001-2008), il obtient une chaire dans la même discipline à lʹUniversité de Paris-Sorbonne (2008-2014). Jacques Berchtold dirige depuis 2014 la Fondation Martin Bodmer (Cologny, Genève).
